Jeudi 6 août 2009 4 06 /08 /2009 01:47


Lorsqu'ils ouvrirent et virent l'état des poumons, en novembre 91, ils refermèrent immédiatement. Plus rien n'était possible. Le diagnostic était sans appel : cancer de la plèvre fulgurant.
Dans les 15 jours, elle fût orientée en soins palliatifs.
Les médecins ont parfois du mal a dire les choses clairement aux familles ; Comment parler de 20 % de chance de survie avec des métastases ?
Le nouveau chef de famille, du fait de l'incapacité de son père, demanda clairement les choses. Elle regretta la chimiothérapie de confort. A quoi servaient les vomissements et la perte de poids avec une échéance de deux mois au maximum ?

Elle savait qu'à tout moment le téléphone pouvait sonner et qu'elle devrait venir.

Elle devient une zombie avec sa môme d'à peine 6 mois, son boulot et sa grève hebdomadaire. Elle n'aimait pas les visites bihebdomadaires, la vue de la perte de poids, les 30 kilos pour 160 cm, les yeux qui devenaient bleus, la perte de cheveux, et les trop rares moments passés seule à seule.
Mais elle buvait ses mots, ses regards et apprit par la même à ne plus couper la parole.

Elle l'appela, un midi au travail et lui demanda comment sa petite-fille avait mangé la veille au soir. sa fille trouva sur l'instant la question saugrenue; bien que plus tard elle comprit l'importance qu'avait eu sa réponse positive à sa mère, se remémorant le contexte de son propre sevrage et la pseudo anorexie mentale qu'on lui avait collé nourrisson.

Rassurée, sa mère tomba dans le coma 10 minutes plus tard.
Le respirateur fut retiré à l'arrivée de sa fille à l'hôpital. On lui demanda, à elle seule, si elle voulait qu'on lui fasse une piqûre pour éviter les dernières souffrances. Elle dit oui. Le médecin sortit de la chambre pour lui permettre de lui dire au revoir.
Elle voulait hurler pour que son père et son frère sortent. Elle n'osa le faire.
Elle prit la main de sa mère, la caressant longuement. La main était chaude. Des larmes coulaient le long de ses joues.
Entre deux sanglots, elle dit : "tu es ma mère. C'est toi qui m'a donné le sein."
Un long souffle, étrange, sortit de la bouche de sa mère et elle comprit la signification d'expirer.

...

Elle put commencer le deuil et comprit l'importance de sa propre vie.

-2002-



 

Par Nathalie Charman - Publié dans : souvenirs, souvenirs...
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